Un film de Jean-Louis Gonnet
Dossier réalisé par Josiane Roy et Raphaël Mendola
 
ENTRETIEN AVEC JEAN-LOUIS GONNET
Propos recueillis par J. ROY et R. MENDOLA
1. Sur le plan de la réalisation quels rapports ont entretenu le documentaire et la fiction dans votre film ?

Au départ je voulais faire une fiction. Je suis descendu dans un vestiaire, j’y suis retourné. Le lieu était très important pour moi. On s ‘est aussi posé la question de savoir si on prenait de vrais joueurs ou des acteurs. Très vite on a opté pour des joueurs car on ne pouvait faire jouer certaines scènes à une personne qui ne s’y connaissait pas.
Peu à peu je réalisais qu’il y avait quelque chose d’étrange dans mon projet, quelque chose de tiré vers l’intérieur. C’est le point de vue intérieur qui m’intéressait, que le spectateur soit aussi à l’intérieur de l’action. Mais le réel était tellement fort que je ne pouvais pas tout reconstituer même si je savais que quelque chose collait dans la reconstitution.

2. Tel que le film existe aujourd’hui, diriez-vous qu’il est le résultat d’un découpage réfléchi ou le fruit d’un travail de montage ?

Sur la construction tout s’est décidé au montage. Le montage c’est une deuxième écriture du projet. Il fallait que je me réapproprie le projet. Mais très vite, je me suis retrouvé dans une impasse. J’ai donc fais appel à quelqu’un de neuf, Gilles Volta, un excellent monteur. Sa première demande a été de faire remonter par le technicien tous les rushes dans l’ordre où ils avaient été tournés. Puis il m’a demandé de le laisser seul pendant quelques jours. Il a inventé la partition du film en deux ou trois jours. Il a compris tout de suite.

3. Pouvez-vous nous parler de vos parti pris de mise en scène ? A la fois en ce qui concerne le cadre mais aussi les acteurs.

On voulait garder le style documentaire, donc caméra à l’épaule, ce que je n’aime pas du tout. J’ai beaucoup hésité, au pied ? A l’épaule ? 10mn avant de tourner, je ne savais pas. Puis au début du tournage j’ai compris que je ne voulais pas une caméra à 45° mais une caméra de face, très frontale, un peu théâtrale.
Pour les acteurs j’avais vu deux équipes, Les uns s’échauffaient à l’intérieur, les autres à l’extérieur mais je voulais préserver le côté huis-clos . C’est ce que j’ai fait, garder le huis-clos et tourner dans les douches. C’est là la bonne idée du film et tout ça s’est tourné très vite.

4. Pourquoi ce plan dans les douches avec le joueur qui urine devant les autres ?


C’est une image spectaculaire et je n’ai rien inventé. Il n’y a qu’un wc et ils sont nombreux, alors dans les douches, c’est pratique. En fait cela raconte comment le corps est là, extrêmement présent. Le propre du réalisateur c’est de mettre en grand des choses toutes petites. C’est le problème du sens au cinéma. Jusqu’à quel point on appuie sur l’accélérateur et puis il ne faut pas oublier la dimension rituelle, tribale du vestiaire.


5. Pourquoi terminez-vous par un plan séquence ? Quel lien y a-t-il entre ce choix et l’imminence de la sortie des joueurs ?

C’est un continuum dans lequel on est pris. La caméra est au cœur, elle devient un membre de l’équipe. On avait fait les répétitions en vidéo ; la lumière qu’on éteint, le va et vient, le cercle, les joueurs en rang d’oinions, tout ça était répertorié, on s’est dit on le fait en plan séquence. L’émotion était telle.

6. Pouvez-vous nous parler du son  et du décors ?

On a gardé le même principe que pour l’image. Il fallait nettoyer, épurer les sons. Je voulais que le son soit comme une partition musicale qui arrive par couche, peu à peu . Il fallait qu’on sente les corps par le bruitage. Quant au lieu c’est évidemment un endroit très carcéral, très graphique et un lieu où les murs font du bruit. Ce choix là fait le film, quand les joueurs se jettent contre les murs pour s’échauffer, il est arrivé que les cloisons littéralement explosent sous le choc.