1. Sur le
plan de la réalisation quels rapports ont
entretenu le documentaire et la fiction dans votre
film ?
Au départ je voulais faire une fiction. Je
suis descendu dans un vestiaire, j’y suis
retourné. Le lieu était très
important pour moi. On s ‘est aussi posé
la question de savoir si on prenait de vrais joueurs
ou des acteurs. Très vite on a opté
pour des joueurs car on ne pouvait faire jouer certaines
scènes à une personne qui ne s’y
connaissait pas.
Peu à peu je réalisais qu’il
y avait quelque chose d’étrange dans
mon projet, quelque chose de tiré vers l’intérieur.
C’est le point de vue intérieur qui
m’intéressait, que le spectateur soit
aussi à l’intérieur de l’action.
Mais le réel était tellement fort
que je ne pouvais pas tout reconstituer même
si je savais que quelque chose collait dans la reconstitution.
2.
Tel que le film existe aujourd’hui, diriez-vous
qu’il est le résultat d’un découpage
réfléchi ou le fruit d’un travail
de montage ?
Sur la construction tout s’est décidé
au montage. Le montage c’est une deuxième
écriture du projet. Il fallait que je me
réapproprie le projet. Mais très vite,
je me suis retrouvé dans une impasse. J’ai
donc fais appel à quelqu’un de neuf,
Gilles Volta, un excellent monteur. Sa première
demande a été de faire remonter par
le technicien tous les rushes dans l’ordre
où ils avaient été tournés.
Puis il m’a demandé de le laisser seul
pendant quelques jours. Il a inventé la partition
du film en deux ou trois jours. Il a compris tout
de suite. 3. Pouvez-vous
nous parler de vos parti pris de mise en scène ?
A la fois en ce qui concerne le cadre mais aussi
les acteurs.
On voulait garder le style documentaire, donc caméra
à l’épaule, ce que je n’aime
pas du tout. J’ai beaucoup hésité,
au pied ? A l’épaule ? 10mn
avant de tourner, je ne savais pas. Puis au début
du tournage j’ai compris que je ne voulais
pas une caméra à 45° mais une
caméra de face, très frontale, un
peu théâtrale.
Pour les acteurs j’avais vu deux équipes,
Les uns s’échauffaient à l’intérieur,
les autres à l’extérieur mais
je voulais préserver le côté
huis-clos . C’est ce que j’ai fait,
garder le huis-clos et tourner dans les douches.
C’est là la bonne idée du film
et tout ça s’est tourné très
vite.
4. Pourquoi ce plan dans les douches avec le joueur
qui urine devant les autres ?
C’est une image spectaculaire et je n’ai
rien inventé. Il n’y a qu’un
wc et ils sont nombreux, alors dans les douches,
c’est pratique. En fait cela raconte comment
le corps est là, extrêmement présent.
Le propre du réalisateur c’est de mettre
en grand des choses toutes petites. C’est
le problème du sens au cinéma. Jusqu’à
quel point on appuie sur l’accélérateur
et puis il ne faut pas oublier la dimension rituelle,
tribale du vestiaire. |
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5. Pourquoi terminez-vous
par un plan séquence ? Quel lien y a-t-il
entre ce choix et l’imminence de la sortie
des joueurs ?
C’est un continuum dans lequel on est pris.
La caméra est au cœur, elle devient
un membre de l’équipe. On avait fait
les répétitions en vidéo ;
la lumière qu’on éteint, le
va et vient, le cercle, les joueurs en rang d’oinions,
tout ça était répertorié,
on s’est dit on le fait en plan séquence.
L’émotion était telle.
6. Pouvez-vous nous parler
du son et du décors ?
On a gardé le même principe que pour
l’image. Il fallait nettoyer, épurer
les sons. Je voulais que le son soit comme une partition
musicale qui arrive par couche, peu à peu .
Il fallait qu’on sente les corps par le bruitage.
Quant au lieu c’est évidemment un endroit
très carcéral, très graphique
et un lieu où les murs font du bruit. Ce
choix là fait le film, quand les joueurs
se jettent contre les murs pour s’échauffer,
il est arrivé que les cloisons littéralement
explosent sous le choc. |
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