1 - L'ESPACE
FILMIQUE
1.1 - le cadre
L'élément constitutif du film est
le photogramme,
image plate délimitée par un cadre
et dont la succession donne l'illusion du mouvement.
L'image filmique est d'abord un image à
deux dimensions, limitée par l'existence
d'un cadre analogue
à celui d'un tableau. Ce cadre joue un
rôle essentiel dans la composition
de l'image, particulièrement sensible dans
le cas d'un plan fixe. Le cadre est un des premiers
matériaux sur quoi travaille le cinéaste
: d'où l'éventuelle pertinence d'une
réflexion sur l'organisation de l'espace.
Devant cette image plate, le spectateur réagit
cependant comme s'il percevait une portion d'espace
à trois dimensions : illusion constitutive
de l'impression de réalité
au cinéma.
On appellera champ
cette portion d'un espace imaginaire contenue
dans le cadre.
L'impression de réalité est telle
qu'on a tendance à oublier le fait qu'au-delà
du cadre il n'y a plus d'image. Le champ est donc
perçu comme inclus dans un espace plus
vaste, invisible sur l'écran, mais le prolongeant.
On appellera hors-champ
l'ensemble des éléments spatiaux
non inclus dans le champ, mais rattachés
imaginairement à lui, dans six directions
: latérales - les quatre côtés
du cadre - et frontales - en profondeur ou en
avant.
Un certain nombre de relations peuvent être
établies entre champ
et hors-champ :
- entrées
et sorties des
personnages (latéralement ou dans l'axe,
selon les six directions observées) : on
parlera d'entrée dans le champ ou de sortie
du champ.
- interpellations directes du hors-champ par un
regard ou un geste qui provoqueront un appel
du hors-champ.
- jeu de cadrage très rapproché
qui exclut une partie d'un élément
du champ, par exemple un personnage pris seulement
partiellement dans le champ, on parlera alors
d'élément en
amorce.
Champ et hors-champ font donc partie du même
espace imaginaire - même si l'un est visible
et l'autre pas - c'est l'espace
filmique, à bien distinguer de l'espace
référentiel.
1. 2 - la profondeur
L'impression de profondeur n'est pas propre au
cinéma. La perspective,
à laquelle elle est liée, a été
mise au point par les peintres de la Renaissance.
perspective
: art de représenter les objets sur une
surface plane de façon que cette représentation
soit semblable à la perception visuelle
qu'on peut avoir de ces objets eux-mêmes.
La perspective monoculaire
institue donc un point
de vue correspondant à l'œil
qui perçoit, place tenue au cinéma
par la caméra.
De l'origine photographique, donc mécanique,
de l'image, dépend un autre paramètre,
la netteté.
On peut techniquement faire varier la zone de
netteté de l'image.
On appellera profondeur
de champ cette zone de netteté de
l'image, ou encore la distance, selon l'axe de
l'objectif, entre le point le plus rapproché
et le point le plus éloigné qui
fournissent une image nette.
La profondeur de champ augmente quand la focale
diminue ou quand le diaphragme se ferme.
1.3 - l'autre champ
L'espace du hors champ compris entre le plan vertical
de l'écran et la zone des opérations
techniques du tournage est en principe un espace
interdit. Mais il peut arriver que des traces
de cet espace se manifestent, y compris des éléments
techniques indésirables. Cet espace qui
renvoie au statut d'objet fabriqué du film
sera appelé l'autre
champ.
2 - LA NOTION DE PLAN ET LES
PARAMÈTRES DE L'IMAGE
2.1 - l'image filmique
L'image telle qu'elle vient d'être décrite
n'a été envisagée qu'en termes
d'espace, comme un tableau ou une photographie.
Or l'image filmique présente des caractères
spécifiques :
- elle n'est pas unique, mais prise dans une multiplicité.
- elle n'est pas indépendante de la durée,
mais prise dans le temps.
- elle est affectée de mouvement. Mieux,
elle est à la fois mouvante
et mobile. On peut
ainsi distinguer :
.
les mouvements internes au cadre (ou mouvements
dans le champ)
c'est la mouvance de l'image filmique, fondement
essentiel de l'impression de réalité
au cinéma.
.
les mouvements du cadre par rapport au champ (mouvements
de caméra)
on peut les décrire en fonction de plusieurs
critères : leur mode de production, leur
direction, leur vitesse, leur durée, leur
amplitude, leur caractère motivé
ou non.
- travelling désigne
un déplacement de la caméra sur
son pied, l'axe de prise de vue restant parallèle
à la même direction. Le travelling
peut être avant, arrière, latéral
droite ou gauche, oblique. (Tr av. Tr ar. Tr G/D.
etc.).
- panoramique désigne
un déplacement sur l'axe, la caméra
pivote, son pied restant fixe. Le panoramique
peut être vertical, horizontal, il peut
être combiné ou diagonal. (Pano vert.
Pano D/G ou G/D. etc.).
- mouvements mixtes,
produits par combinaison des précédents.
Ils sont encore appelés trajectoires ou
pano-travelling.
- zoom ou travelling
optique. Cette opération, introduite progressivement
par la technologie dans les années cinquante,
est une solution alternative au travelling qui
substitue au mouvement mécanique de pénétration
une modification du rapport optique à l'espace.
L'objectif est à focale variable : une
focale courte donne un champ large et profond,
une focale longue produit un resserrement du champ
et un effet de rapprochement.
2.2 - la notion de plan
Tous ces paramètres : dimension, cadre,
point de vue, durée, mouvement, rythme
et relation aux autres images définissent
le plan.
- plan -
au stade du tournage : portion de pellicule impressionnée
entre le départ de la prise (moteur ! )
et l'arrêt de la caméra (coupez !
).
- plan -
au stade du montage : ce qui reste après
élimination des appendices techniques (le
clap) et tous les éléments jugés
inutiles.
- plan -
pour le spectateur : tout morceau de film compris
entre deux changements de plan, coupe ou raccord.
On caractérisera un plan par les paramètres
suivants :
- taille ou échelle
:
PE ou PG, plan d'ensemble ou plan général.
La distinction entre ces deux termes n'étant
pas pertinente pour l'analyse.
PM et PA , plan moyen et plan américain
(lié au cadrage et aux mythologies du western)
PR et GP voire TGP, plan rapproché, gros
plan, et même très gros plan.
- angle de prise de vue
: lié au cadrage et au point de vue.
par rapport à l'horizontale : plongée,
Pl et contre-plongée, CPl ; Horizontal,
H ou angle zéro.
par rapport à l'axe de la caméra,
de face, ou avec variation des angles (90°
60° 45° 30°...).
- mobilité
: on opposera le plan fixe, PF et tous les plans
affectés des mouvements précédemment
décrits.
- durée
- certains plans sont de véritables flashes
à la limite inférieure de la perception
; d'autres, très longs,
équivaudront à un ensemble de plans
brefs (par commutation) : on parlera alors de
plan-séquence.
le plan séquence est formellement un plan
mais il a valeur de séquence.
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