Dossier réalisé par Raphaêl Mendola

Il existe plusieurs catégories de westerns. Du western classique au western révisionniste en passant par ce que Bazin appelait le sur-western. D’autres comme Godard ont parlé du western à images, puis du western à idées et enfin de celui qui conjuguait les deux et c’est dans cette dernière catégorie que Godard classait Mann dans un célèbre article des Cahiers intitulé par Godard "Super-Mann".


INTRODUCTION
Notre propos est différent et nous renvoyons à la lecture de ces écrits. Parce que le western n’est plus au goût du jour il est important de poser les grandes catégories qui ont vu le genre évolué et que l’on trouve dans de nombreux ouvrages comme celui par exemple Bill Wright, Six Guns and Society (University of California Press 1977). Il distingue des années 30 à 55, le western classique où l’intrigue se construit autour d’un héros solitaire qui va sauver la ville ou les fermiers des hors-la-loi ou des grands propriétaires, les ranchers. Ensuite la seconde période qui s’articule autour du thème de la vengeance, qui issue du western classique va se prolonger bien après les années 60. Ce western renvoie à la figure d’un héros marginal qui parce qu’il ne trouve pas de justice dans la société devient un justicier solitaire. La troisième catégorie reprend ce trait en accentuant la marginalisation du héros qui est alors rejeté par la société même qu’il défend enfin une dernière catégorie (la quatrième) ou les tueurs et défenseurs professionnels font leur apparition, c'est-à-dire que les idéaux et autres valeurs de l’ouest ont été remplacés par l’argent.

Il faut bien reconnaître que cette tentative de classification n’est pas très convaincante car nombreux sont les westerns qui empiètent sur une catégorie puis une autre. A cet égard L’Homme de la Plaine est une formule complexe puisque se trouvent combinés l’opposition contre les ranchers et le thème de la vengeance déjà présent dans un grand classique comme My Darling Clementine de John Ford. Les grands absents de cette présentation de l’ouest sont évidemment les indiens que Mann va utiliser comme instrument de la vengeance à la fin du film.

Pour comprendre et apprécier The Man From Laramie, il faut garder à l’esprit deux choses simples. Tout d’abord que le western a évolué en partant d’un protagoniste qui incarnait des valeurs positives et emblématiques pour la nation vers un personnage complètement aliéné, étranger à ces valeurs et à l’environnement qui l’entoure. C’est ce que nous pourrions appeler le décentrage dans l’évolution du western. Enfin le deuxième grand principe que je pose concerne la mise en scène et la dimension dramatique. Dans le western classique tout matériau dramatique, une fusillade, un duel (au soleil évidemment) une poursuite est dramatique parce que la nature de l’évènement est dramatique en elle-même et que la mise en scène s’applique à souligner cet aspect ( accélération du rythme des plans, changement de focal, intensificateurs sonores diégétiques ou autres comme la musique).
Dans le western qui s’émancipe de la tradition classique, la dimension dramatique est avant tout liée à la perception que le protagoniste a du milieu qui l’entoure ; ainsi le protagoniste peut vivre quelque chose d’intense alors que rien de visuellement dramatique ne frappe le spectateur. Donc deux notions, la première serait une vision synthétique de l’histoire du western que j’appellerai le décentrage et la seconde une vision analytique qui s’attacherait à la mise en scène et à ses partis pris dramatiques mettant en avant soit le matériau, soit la perception du protagoniste. C’est en ce sens que The Man From Laramie est ce que j’appellerai un western charnière. Pour s’en convaincre il suffit de procéder à l’analyse du prologue.

Quelques idées supplémentaires :

Mann est un réalisateur qui vient du théâtre ;
Mann est un réalisateur qui a tourné des films noirs avant de faire des westerns, d’où apparition de héros torturés, idée de paranoïa et de violence liée au personnage plus au monde qui l’entoure. Voir à ce propos l’article de Robert Warshow, The Westerner et l’opposition qui en en faite par rapport au gangster.
(cf. Dossier I.U.F.M)

Bien faire comprendre aux élèves l’évolution du genre de manière schématique, c’est mon introduction. L’idée du décentrage avec au départ le héros, ensuite le marginal ensuite l’aliéné. Cristalliser la chose avec quelques photos, expliquer comme l’a dit Michel Ciment qu’on est passé du héros longiligne, Henry Fonda, Gary Cooper, John Wayne, James Stewart, à une figure du western beaucoup plus problématique, celle du westerner transformé en homme d’affaire, avec Altman et Warren Beaty dans John McCabe et le westerner qui n’en est plus un selon les critères physiques tel que Dustin Hoffman dans Little Big Man. Une dernière étape peut-être avec Eastwood celle du héros mystique, après le héros écologique de Sydney Pollack avec Jeremiah Johnson incarné par Robert Redford. (Voir propositions d’exemples à la fin de la présentation.)

Il faut aussi préciser que mon travail est de faire une analyse filmique qui reprend les principes de la construction du sens dans la mise en scène d’Anthony Mann, en quoi il reste classique et est en même temps un précurseur. (Comparaison avec le prologue de My Darling Clementine) ? voir aussi les images de fin de ces deux mêmes films.

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