Notre propos est différent et nous
renvoyons à la lecture de ces écrits. Parce
que le western n’est plus au goût du jour
il est important de poser les grandes catégories
qui ont vu le genre évolué et que l’on
trouve dans de nombreux ouvrages comme celui par exemple
Bill Wright, Six Guns and Society (University of
California Press 1977). Il distingue des années
30 à 55, le western classique où l’intrigue
se construit autour d’un héros solitaire
qui va sauver la ville ou les fermiers des hors-la-loi
ou des grands propriétaires, les ranchers. Ensuite
la seconde période qui s’articule autour
du thème de la vengeance, qui issue du western
classique va se prolonger bien après les années
60. Ce western renvoie à la figure d’un héros
marginal qui parce qu’il ne trouve pas de justice
dans la société devient un justicier solitaire.
La troisième catégorie reprend ce trait
en accentuant la marginalisation du héros qui est
alors rejeté par la société même
qu’il défend enfin une dernière catégorie
(la quatrième) ou les tueurs et défenseurs
professionnels font leur apparition, c'est-à-dire
que les idéaux et autres
valeurs de l’ouest ont été remplacés
par l’argent.
Il faut bien reconnaître que cette tentative de
classification n’est pas très convaincante
car nombreux sont les westerns qui empiètent sur
une catégorie puis une autre. A cet égard
L’Homme de la Plaine est une formule complexe
puisque se trouvent combinés l’opposition
contre les ranchers et le thème de la vengeance
déjà présent dans un grand classique
comme My Darling Clementine de John Ford. Les grands
absents de cette présentation de l’ouest
sont évidemment les indiens que Mann va utiliser
comme instrument de la vengeance à la fin du film.
Pour comprendre et apprécier The Man From Laramie,
il faut garder à l’esprit deux choses simples.
Tout d’abord que le western
a évolué en partant d’un protagoniste
qui incarnait des valeurs positives et emblématiques
pour la nation vers un personnage complètement
aliéné, étranger à ces valeurs
et à l’environnement qui l’entoure.
C’est ce que nous pourrions appeler le décentrage
dans l’évolution du western. Enfin le deuxième
grand principe que je pose concerne la mise en scène
et la dimension dramatique. Dans le western classique
tout matériau dramatique, une fusillade, un duel
(au soleil évidemment) une poursuite est dramatique
parce que la nature de l’évènement
est dramatique en elle-même et que la mise en scène
s’applique à souligner cet aspect ( accélération
du rythme des plans, changement de focal, intensificateurs
sonores diégétiques ou autres comme la musique). |
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Dans le western qui s’émancipe
de la tradition classique, la dimension dramatique est
avant tout liée à la perception que le
protagoniste a du milieu qui l’entoure ; ainsi
le protagoniste peut vivre quelque chose d’intense
alors que rien de visuellement dramatique ne frappe
le spectateur. Donc deux notions,
la première serait une vision synthétique
de l’histoire du western que j’appellerai
le décentrage et la seconde une vision analytique
qui s’attacherait à la mise en scène
et à ses partis pris dramatiques mettant
en avant soit le matériau, soit la perception
du protagoniste. C’est en ce sens que The
Man From Laramie est ce que j’appellerai un western
charnière. Pour s’en convaincre
il suffit de procéder à l’analyse
du prologue.
Quelques
idées supplémentaires :
Mann est un réalisateur qui vient du théâtre ;
Mann est un réalisateur qui a tourné des films
noirs avant de faire des westerns, d’où apparition
de héros torturés, idée de paranoïa et de violence
liée au personnage plus au monde qui l’entoure.
Voir à ce propos l’article de Robert Warshow,
The Westerner et l’opposition qui en en
faite par rapport au gangster.
(cf. Dossier I.U.F.M)
Bien faire comprendre aux élèves l’évolution du
genre de manière schématique, c’est mon introduction.
L’idée du décentrage avec au départ le héros,
ensuite le marginal ensuite l’aliéné. Cristalliser
la chose avec quelques photos, expliquer comme
l’a dit Michel Ciment qu’on est passé du héros
longiligne, Henry Fonda, Gary Cooper,
John Wayne, James Stewart, à une
figure du western beaucoup plus problématique,
celle du westerner transformé en homme d’affaire,
avec Altman et Warren Beaty dans
John McCabe et le westerner qui n’en est
plus un selon les critères physiques tel que Dustin
Hoffman dans Little Big Man. Une dernière
étape peut-être avec Eastwood celle du
héros mystique, après le héros écologique de Sydney
Pollack avec Jeremiah Johnson incarné
par Robert Redford. (Voir propositions
d’exemples à la fin de la présentation.)
Il faut aussi préciser que mon travail est de
faire une analyse filmique qui reprend les principes
de la construction du sens dans la mise en scène
d’Anthony Mann, en quoi il reste classique
et est en même temps un précurseur. (Comparaison
avec le prologue de My Darling Clementine)
? voir aussi les images de fin de ces deux mêmes
films. |
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