Dossier réalisé par Raphaêl Mendola

Le prologue de The Man from Laramie
DESCRIPTION et ANALYSE de la première scène :
I - Classicisme de la mise en scène chez Mann
Les spectateurs découvrent le paysage du Nouveau Mexique après le générique qui chante les louanges de L’homme de la plaine ou The Man From Laramie. La présentation est le reflet d’une époque où le technicolor a fait son apparition mais nous ne sommes pas très loin du générique de My Darling Clementine (1946) ; pour s’en convaincre il suffit de les regarder l’un après l’autre. Toutefois ces deux génériques s’opposent sur un point majeur. Celui de Ford est à la fois une déclaration amoureuse et un hymne chanté à la gloire de la femme qui vient de l’est et qui par sa présence forcera le westerner à la socialisation. Dans L’homme de la plaine, rien de tel, c’est le portrait du héros et ses qualités en tant que tel qui sont vantés. A ce titre Ford n’est peut-être pas le réalisateur le plus classique.

PLAN 1 :

Plan large, plan fixe, entrée latérale gauche de 3 chariots tirés par des mules. Découverte du paysage mixte, un peu à l’image du western de Mann, un paysage semi désertique, présence d’une végétation éparse, vallons et montagnes, le tout sous un ciel bleu. Beaucoup de profondeur de champ dans ce premier plan où le cadre fige l’espace dans son immensité. Ceux qui arrivent dans ce cadre apportent la mobilité à l’image qui va s’animer en même temps qu’elle se bruite. Le premier attelage commence à sortir du champ et c’est déjà le plan deux. Retenons que le rythme est lent, fixité du cadre, immensité du paysage, plan large et traversée pesante du convoi, le tout renforcé par la bi-partition de l’image mais aussi par le parallèle entre la ligne d’horizon et le mouvement tranversale du convoi. Dans ce tableau d’introduction les réseaux qui participent à la création du sens sont mise en place. Il s’agit du rapport permanent entre le cadre et son intériorité. Remarquez aussi la position du spectateur dans cette introduction qui est conforté dans un point de vue externe comme dans une narration externe. Le film commence comme un tableau qui s’offre à nos yeux, des personnages arrivent, nous allons les suivre.


Comme dans tous les westerns classiques c’est l’arrivée du personnage qui est mise en scène avec un statut très clair, il est le patron. Il décide où le convoi s’arrête. Mais ce n’est pas seulement une décision arbitraire, si l’on s’arrête c’est parce que le protagoniste est lié à ce lieu qui est la scène d’un drame. Ainsi dès le début du film un déficit d’informations au profit du personnage central par rapport au spectateur est posé. Le personnage sait quelque chose que nous ignorons.
Ce décalage d’informations où le spectateur en sait moins que le protagoniste n’est pas à proprement parlé ce qui souligne le trait innovant chez Mann, c’est simplement la création d’une tension entre deux pôles, la présence diffuse d’une information manquante qui ajoute une dimension mystérieuse au personnage.

PLAN 2 :


C’est un plan fixe au départ. Les chariots arrivent du fond de l’écran à gauche et se dirigent sur la partie avant droite du cadre. Un chariot est déjà dans le plan quand nous le découvrons. Il y a continuité de la trajectoire avec une légère ellipse. Enfin le plan est moins large. Tous ces éléments descriptifs concourent à créer une petite accélération qui va aller grandissant. Au fur et à mesure que le 1er chariot arrive, un panoramique commence sur la droite pour continuer à suivre le chariot. Celui-ci s’apprêtant à sortir du cadre est donc maintenu à l’image mais le mouvement, l’avancée du chariot a pour effet de changer les grosseurs à l’image mais aussi de dévoiler d’autres espaces.Cet arc de cercle que décrit la caméra pour suivre le chariot dynamise son mouvement. La transition d’un plan très large à un plan moins large puis rapproché s’est opérée en deux plans ; d’un plan fixe à un plan en mouvement. La continuité a été masquée par le seul élément mobile à l’intérieur du cadre, les chariots.


PLAN 3 :

La dynamisation à l’œuvre se poursuit dans ce troisième plan grâce dans un premier temps à la diagonale tracée par le trajet qu’empruntent les chariots et qui est ici poursuivi et dans un second temps grâce au positionnement de la caméra qui cette fois au sol filme l’attelage et les chariots en contre plongée. De plus dès l’ouverture du plan, les mules sont déjà prêtes à sortir du cadre. Ainsi les mêmes procédés que précédemment sont utilisés mais cette fois de manière plus brutales. L’ellipse est plus grande, le temps de passage des chariots dans le plan est plus court et ce dernier est redevenu fixe.

Première conclusion :

La mise en scène de Mann est ici des plus classiques et économiques.
- Plan 1 : Mouvement dans un cadre très large fixe = attirer le regard du spectateur
- Plan 2 : Mouvement plus rapide à l’intérieur du cadre, mouvement du cadre, accélération du rythme, changement des échelles à l’image = accrocher le regard, la silhouette des personnages rapidement apparaît.
- Plan 3 : Sortie de champ complète du 1er chariot, trajectoire oblique, l’objet mouvant échappant au cadre est dynamisé.

Transition
Souligner auprès des élèves que la narration c’est ce qui ne se voit pas au cinéma. Demander à vos élèves ce qu’ils lisent quand ils lisent un texte de fiction, ils pensent à l’histoire mais quasiment jamais à la narration. Et bien au cinéma la narration se fait oublier, les mouvements à l’intérieur du cadre, rendent invisibles les mouvements du cadre.

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