Blue Velvet (1986) de David Lynch – Feuille de route par Guy Astic
À la base, Blue Velvet se construit à partir d’une énigme policière avec chantage, complot, enlèvement et corruption. Se dessine aussi un parcours initiatique, celui d’un jeune homme découvrant le vice et la perversion... Pareille reconstitution de l’intrigue ne doit pas faire illusion : les certitudes n’ont pas cours à Lumberton, encore moins dans le cinéma de Lynch. Blue Velvet plonge dans l’intimité de l’image hallucinée ou hyperréaliste pour amener la sensibilité à s’ouvrir. De la lumière au montage sonore, de la distorsion narrative à la déroute logique et psychique, le film investit la tension, l’excès et la discontinuité. Abstraction et figuration ne cessent de s’aimanter et de se repousser, dans un déploiement d’énergie sensitive d’autant plus retentissante qu’elle a pour cadre l’étrange familiarité d’un monde en dégénérescence et faisant pourtant cohabiter plusieurs imaginaires.

L’atelier, reposant sur des développements thématiques, des analyses de séquences, des comparaisons filmiques (extraits de Lost Highway, Une Histoire vraie, Sailor et Lula, Twin Peaks…), suivra trois itinéraires :

- Logique du rêve, emprise du mystère
La syncope narrative ; l’intrication des modes fictionnels et des genres ; la statut du rêve et celui des chansons…

- Violence, excès et perversions
Arrêt sur deux régimes de violence : latent et explosif ; l’appartement de Dorothy Vallens : l’espace dramaturgique du pire ou le théâtre de la cruauté ; voyeurisme et sadisme ; le film noir.

- L’image rythme ou l’itinéraire sensoriel
Un film entre figuration, abstraction et défiguration ; images tableaux et images mentales ; pouvoirs du fragment, entre terreur et ravissement. Voir le double propos de Lynch :
• "Le tout a peut-être une logique, mais hors du contexte, le fragment prend une valeur d’abstraction redoutable, ça peut tourner à l’obsession." (Entretien avec G. Girard, in Cinéastes de notre temps : David Lynch, 1988).
• "Je trouve les fragments très intéressants. On peut rêver le reste." (Entretien avec Chris Rodley, Paris, Cahiers du cinéma, 1999).

Références (outre celles données par Hervé Joubert-Laurencin)
- Atkinson (Michel), Blue Velvet, London, British Film Institute, coll. "BFI Modern Classics", 1997.
- Cazals (Thierry), "Le scénario américain", Cahiers du cinéma, n° 391, janvier 1987, pp. 31-32.
- Chion (Michel), "Ce que couvre l’immobilité des plantes", Cahiers du cinéma, n° 391, janvier 1987, pp. 22-24.
- Deschamps (Youri), Blue Velvet de David Lynch, Liège, éditions du CEFAL, coll. "Analyse de Film", 2004.
- Gagnebin (Muriel), "L’esthétique comme clinique de l’excès : David Lynch", in Du Divan à l’écran. Montages cinématographiques, montages interprétatifs, Paris, Puf, coll. "Le fil rouge", 1999, pp. 83-102.
- Niogret (Hubert), "Le passage", Positif, n° 313, mars 1987, pp. 73-74.