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La séquence se
trouve à 6’54’’ (chapitre 3 du DVD) ;
elle dure 2 minutes 27.
Elle s’insère dans un ensemble durant lequel Michel
est à la recherche de Patricia.
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| Temps |
Durée |
Action |
Dialogues |
| 6’59 |
0’05 |
GP la porte s’ouvre La fille sourit, mais semble
sur la défensive Elle ouvre la porte |
• Oh la la ! Michel ? • J’peux
entrer ? |
| 7’04 |
0’05 |
PR Michel est entré / la fille vaque à
ses occupations, elle se prépare |
• Comment ça va, ma douce ? •
Tu n’as pas de veste ? • Non, j’l’ai
laissé dans mon Alpha Roméo supersprint ! |
| 7’07 |
0’03 |
PR, la fille fouille sous ses draps (occularisation
interne ? point de vue de Michel ?) |
• Tu viens prendre le petit déjeuner au
royal ? • Non, j’suis en retard… |
| 7’11 |
0’04 |
PR, Michel fouille le sac de la fille, dans sa penderie,
pendant qu’elle est perdue dans ses draps ;
il planque le sac |
• Faut qu’je sois à 9h10 à
la TV |
| 7’30 |
0’19 |
PM, changement d’axe / P3 Elle retrouve sa radio
et l’allume : musique rock sur Radio Luxembourg,
puis voix (de Godard) qui annonce l’heure Pano GD :
elle se lève et se coiffe Michel part DG vers le
lit |
• C’est tout craqué… Voilà.
Qu’est-ce que tu deviens ? on te voit plus… |
| 7’32 |
0’02 |
Plongée PR / la radio n’émet plus sur
ce plan ? Michel assis sur le lit |
• Moi, rien. Je voyage. |
| 7’34 |
0’02’ |
Id P5 Il se lève / très léger pano
GD Jump cut |
• Et au quartier, quoi de neuf ? |
| 8’01 |
0’27 |
Id / suite pano PR cuisse Pano DG (caméra portée) :
on oscille de l’un à l’autre selon
les gestes et les prises de paroles Jump cut |
• J’sais pas… • Tu n’y
vas plus ? • Quelque fois… quelquefois
à la discothèque mais avec des types idiots.
Laisse ça. • Tu fais toujours du cinéma ?
• Oh, non, faut coucher avec trop de types…
• Rico, tu t’en rappelles ? • « Tu
t’le rappelles », et « tu
t’en souviens » ! pas « tu
t’en rappelles ». • J’travaille
avec lui, à la TV, j’suis scripte…
• A Rome, en décembre, j’étais
fauché : j’étais assistant dans
un film. A Cinecitta ! • Toi ? •
Oui, moi. |
| 8’03 |
0’02 |
Dans le mouvement, faux raccord pourtant entre les positions
des personnages / id PR |
• Tu n’as jamais été gigolo,
par hasard ? |
| 8’16 |
0’13 |
PR poitrine, Michel se regarde dans les miroirs Le téléphone
sonne / léger pano et tr. Michel amorce un mouvement
de la tête GD |
• Moi, pourquoi ? • Comme ça.
• Moi j’voudrais bien, oui • Oui rappelle-moi
dans quelques minutes… |
| 8’24 |
0’08 |
Suite du mouvement / léger pano GD PR taille,
les deux personnages, de dos, Michel se lève /
mvmt caméra (entre temps, la jeune femme a eu le
temps de poser son bas de pyjama) jump cut |
• Et Gaby, il est revenu d’Espagne ?
• Il a acheté la pergola • Ah oui ?
Formidable |
| 8’33 |
0’09 |
Id Elle se déplace vers la droite / pano GD |
• C’est idiot d’avoir tout peint en
noir • Non • Qu’est-ce qu’il y
a d’écrit ? • POURQUOI Mais j’
n’ai jamais fini, maintenant j’fume des
Lucky |
| 8’36 |
0’03 |
Michel GP fume, assis sur le lit |
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| 8’38 |
0’02 |
TGP cendrier dans les mains de Michel |
• Tu n’as pas 5000 francs à me prêter
jusqu’à midi ? |
| 8’46 |
0’08 |
GP le couple de profil |
• J’l’aurai parié ! T’es
dégueulasse Michel • Mais non, j’te
les rends à midi |
| 9’26 |
0’40 |
Près de la coiffeuse , PM La jeune femme fouille
son sac dans l’armoire et en sort un billet Michel
allume une deuxième cigarette Pendant qu’elle
s’habille, il lui fauche l’argent qu’elle
a remis dans son sac Il la salue et sort Fondu au noir |
• D’ailleurs j’les ai pas J’ai
500 francs, si tu veux • Alors, tu viens pas petit-déjeuner
au royal ? • J’suis vachement en retard
• Bon, arrivederci ! • Tchao Michel |
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| Cette séquence équivaut à
un concentré stylistique du film, on y retrouve quasiment
tous les ‘tics’ de montage qui deviennent la marque
de fabrique de La Nouvelle Vague en général (quoique
la plupart des réalisateurs du ‘mouvement’
soient bien plus sages et traditionnels) et de Godard en particulier. |
Michel et les femmes
Concentré
stylistique, mais aussi éclairage des rapports
entre Michel Poiccard et les femmes, donc des rapports
entre lui et Patricia.
La chambre de la femme est un des lieux privilégiés
du cinéma des premiers films de Godard (tous les
garçons s’appellent Patrick, à bout
de souffle, le petit soldat) ; elle cèdera
la place à la chambre du couple, marié ou
adultère (Le mépris, Une femme est une femme,
Une femme mariée), ou à la chambre de passe
(Vivre sa Vie).
Comment est montrée la chambre dans ces premiers
films : c’est un espace exigu, dans lequel
le couple se meut, s’évitant ou se trouvant.
L’appareillage y a une place importante, qu’il
soit l’appareil photo du petit soldat, le tourne
disque incontournable (la chambre de Patricia…)
ou le poste de radio disparu sous la couette (que fait-il
là, dans le rôle d’un appareil intime ?).
Michel Poiccard apparaît dans cette séquence
comme un séducteur d’une part, un voyou aussi
mais d’autre part, c’est l’aspect foncièrement
vicié de ses rapports avec les femmes qui transpire :
la jeune femme le connaît bien (« tu
n’a jamais été gigolo ? »),
mais beaucoup de zones d’ombre dans sa personnalité
subsistent, il n’hésite aucunement à
lui voler de l’argent pour préserver les
apparences (on ne sait jamais, peut-être aura-t-il
besoin d’elle à l’avenir) alors qu’elle
lui en propose. |
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Il ne s’intéresse pas plus
à elle qu’elle à lui et le mensonge
s’impose comme règle au couple. D’ailleurs,
qu’est-ce qui est mensonge, qu’est-ce qui
est vrai dans ce que dit Michel Poiccard ? On pourra
en effet attester de son passé de figurant à
Cinecitta en lisant les articles de France-Soir à
son propos.
Le miroir
Les deux ex-amants se croisent, se regardent, mais sans
jamais que ces regards aient d’incidence :
regardent-ils l’autre, ou se regardent-ils eux-mêmes ?
à ce propos, le motif du miroir tient une grande
importance dans la géométrie du lieu :
l’espace confiné trouve grâce au
miroir un peu d’air.
Le miroir y tient son rôle de réflexion,
de l’autre et de soi même : Michel
projette son image dans deux miroirs, dans un plan mémorable.
Le petit miroir rond isole l’image de son visage,
mais cache ce même visage dans l’image de
l’autre miroir, celui de la coiffeuse.
Le miroir, comme d’autres images dans l’image
(les photos de la jeune femme accrochées au mur
notamment) constitue une multiplication des messages
visuels dans le plan : plan dans le plan, dévoilant
le hors-champ. « le miroir se contente de
démultiplier les jeux des regards,qui de toutes
façons, et presque en permanence, se rencontrent,
se fuient, ou se côtoient dans l’espace
filmique, en ajoutant à ce croisillon des tracés
supplémentaires et moins communs »
(cf 1). |
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| 1) Christian Metz, l’énonciation
impersonnelle ou le site du film, chapitre intitulé Miroirs,
Méridiens Klincksieck, 1991 |
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