À
bout de souffle, au bout de ses sources, dossier
réalisé par Thierry Méranger
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ABDS
ou le cinéma comme enjeu : on a parlé à
son propos de «film sur le cinéma», de «système
référentiel», de «cleptomanie culturelle»,
compte tenu de l’abondance d’allusions, de citations.
Cinéma allusionniste plus qu’illusionniste. Fuller,
cité par Godard et devenu acteur dans Pierrot le Fou
(65) témoignera avoir dit alors à JLG : « You’re
a goddamnd thief ! A plagiarist ! » et
aurait répondu : «in America plagiarism, in
France… hommage !». Remarquons que la thématique
du vol est évidemment intégrée à
l’intrigue…
Que faire de cet aspect référentiel (surtout face
à une classe qui ne possède pas de culture cinématographique.) ?
Pas de réponses a priori.
A / faire prendre conscience de la présence de ces citations
et allusions
B / se demander quel est leur statut, voir en quoi elles sont
constitutives du film.
C / lier cette question à celle de l’environnement
cinématographique et culturel de JLG en 1959. D’où
vient-il, de quel cinéma s’inspire-t-il ?
Quels sont ses apports ? Mais aussi, voir en quoi sa démarche
se rapproche d’autres films NV, voire de films actuels ?
Proposition d’utilisation des catégories
de Genette qui propose (Palimpsestes, 1982) 5 types
de relations transtextuelles (relations qu’entretient
un film avec un autre) : l'intertextualité,
fait de la présence effective, citationnelle, d'un
texte dans un autre, la paratextualité,
relation de signaux accessoires comme titres, préfaces,
épigraphes, la métatextualité,
le commentaire qu'un texte fait d'un autre ou de lui-même,
l'architextualité, relations d'un texte
singulier avec l'ensemble des catégories générales
dont relève chaque texte et l'hypertextualité,
c'est-à-dire, toute relation qui unit un texte
B (= hypertexte) à un texte antérieur A
(= hypotexte) sur lequel il se greffe.
Je propose ici, pour ABDS, d’évoquer l’ensemble
des relations – allusions – transfilmiques,
en reprenant grossièrement ce découpage
: en insistant, donc, sur les relations parafilmiques
(ici le film et ses seuils que sont bande annonce et dédicace,
voire affiche), métafilmiques (le film comme
réflexion critique et plus encore dans ses relations
avec la critique) et enfin interfilmiques (citations
directes), hyperfilmiques (les dérivations
d’autres films par transformation ou imitation)
ou archifilmiques (le film et d’autres films
NV). |
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I / Indices parafilmiques
Commençons par les seuils, 4
objets qui peuvent se muer facilement en objets pédagogiques
(avant ou après la projection en salle). |
La bande annonce
d’À bout de souffle (présente
Sur le DVD Opening)
Elle cite 5 titres de films (dont le film annoncé,
placé au rang des autres, plus anciens). Histoire
et continuité cinématographique. Davantage
un jeu sur les genres et les titres qu’un hommage.
- Autant-Lara, 1946, film scandale et provocateur, lâcheté
de Gérard Philippe
- Dassin, 1955, tentative d’importation du film
noir US en France, influence sur… Melville !
- Vadim, 1956, symbole NV
- Hawks, 1932, archétype, absence de leçon
morale…
4 films passerelles littérature/ciné, USA/Europe,
affranchissement des corps, affranchissement moral.
Films français ET américains. Thème
de la fatalité.
Référence à Bogart et à des
topoï du cinéma. Allusion à l’équipe
des Cahiers (Truffaut, Chabrol). Objectif publicitaire,
certes, mais aussi volonté d’identification
du groupe. Désir de signature d’autant plus
indispensable que le film lui-même n’est pas
signé (cf. « MON ami Gaby »,
voix de JLG).
Alternance notations concernant des lieux-communs du cinéma
et d’allusions directes au film.
Décalage son/film. Annonce de la désynchro.
Humour. (cf. « le meilleur film actuel »).
Voix de JLG lui-même. Jeu sur la voix off. Question
du titre. Qui est à bout de souffle ? Le héros
? Le cinéma français ? Le cinéma
de genre ? Jeu aussi sur ce qui fait la spécificité
de la bande annonce, son caractère publicitaire.
Comparaison possible avec d’autres bandes annonces
de Godard qui, ici, crée un genre.
La bande annonce mélange de façon indissociable
le sérieux et le jeu (lucidité et ludicité),
l'intellectualisme et le divertissement (propre de toute
référence hyperfilmique). La
dédicace : Monogram Pictures
La référence est donc donnée d’emblée :
le film B /noir américain. Monogram est une compagnie
fondée au début des années 30. Elle
se spécialise d’abord dans les low budget
features, jusqu’en 1935. Parmi ses séries
B restées célèbres, on peut citer
Dillinger de Max Nosseck (1945) avec Lawrence Tierney.
Slogan de l’affiche : « His story
is written in bullets, blood and blondes ! ».
Elle va devenir la compagnie des séries cinématographiques
avec les Charlie Chan mais aussi les East Side
Kids ou les Bowery Boys.
Caractéristiques de ces films : budget modeste,
décors et éclairages réels, postsynchronisation,
caméra portée à l’occasion,
tueurs, couples, forme de dérision, recyclage de
décors et extraits d’autres films …
Attention, il y a aussi de l’humour, de l’affectation
et du dandysme dans cette référence largement
obscure. Les affiches
Voir fiche élève. Inscription du couple
et du tragique destin du héros. Clin d’œil
U.S. Une autre affiche NB existe insistant sur l’amour
du couple. |
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La distribution
Travailler à partie de la fiche technique. 4
noms peuvent donner lieu à recherche.
Seberg.
Liens avec Preminger. Egérie. Star montante.
Elle vient de tourner Sainte Jeanne et Bonjour Tristesse.
Autres allusion à Preminger dans le film.
Godard lui-même dira que le rôle de JS est
une continuation de celui qu’elle tient dans Bonjour
Tristesse. Elle tournera encore avec JLG dans Le
Grand Escroc en 1963 (extraits de ce film dans…
Pierrot le fou, 1965). Actrice vouée d’emblée
et à jamais à illustre le lien USA/France.
Belmondo.
Liens avec Godard. Cf. le court précédent
de JLG (trouvable sur DVD) : Charlotte et son
Jules, 1959. Autre film NV A double tour
de Chabrol, où il joue un peintre qui s’introduit
dans une famille bourgeoise. Continuation du rôle
dans ABDS ? JPB tournera plus tard dans Une
femme est une femme (1961) et Pierrot le fou
(1965).
JS et JPB : Symbolique du couple franco-américain
(confortée par la rencontre de Gaulle/Eisenhower).
Jean-Pierre
Melville (réalisateur, autre symbole des
liens artistiques F/USA) joue Pavulesco, écrivain
« de retour d’Amérique ».
54’30’’. Il évoque la sortie
à venir du nouveau film de Jean Cocteau Le
Testament d’Orphée. 1956 : Bob
le flambeur. Allusion lors de la séquence
avec Tomaltchoff : « Tu te rappelles
quand tu as donné ton ami Bob ? Eh
bien tu vas faire la même chose ». Double
sens. Plusieurs sources d’inspiration : documentaire,
film noir, réalisme poétique à
la Prévert/Carné. En 1959, il vient de
sortir Deux Hommes dans Manhattan, enquête
à N.Y. d’un journaliste français
(Melville) et d’un photographe qui cherchent ce
qu’est devenu le délégué
français à l’O.N.U. Balade dans
la nuit de N.Y. quand JPM poursuit le photographe qui
a mis en scène des clichés croustillants.
Bande son de… Martial Solal (ABDS). Commentaires
et jeu décalés. Utilisation des codes
comme des objets en soi. Son prochain film, Léon
Morin prêtre sera tourné avec…
Belmondo. JPM : « Lorsque je représente
une boîte de nuit, il est évident qu’il
s’agit d’un rêve de boîte de
nuit »
Godard
lui-même (comme la voix off de la bande annonce ;
ne pas oublier que JLG avait été la voix
de Brialy dans Patrick). Rôle du délateur.
(+ autres voix). Impossible, en ce cas de faire abstraction
de ce qu’est Godard à l’époque :
un critique, craint et reconnu, des Cahiers du cinéma.
Hommage aux caméos d’Hitchcock dans
ses films. |
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