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II / Liens métafilmiques :
Godard critique et cinéaste
Point
de départ deux allusions aux Cahiers du cinéma
(dans Tous les garçons s’appellent Patrick,
premier court vraiment intéressant de JLG, déjà).
Chez Liliane, la scripte, un numéro traîne. Puis
séquence de vente des Cahiers : « Monsieur
pardon, vous n’avez rien contre la jeunesse ? - Si,
moi j’aime bien les vieux ! ». Private
joke, mais pas seulement.
Les caméos (les amis des Cahiers : Labarthe,
Domarchi, Douchet, Siclier apparaissent) : clins d’œil.
Métafilmicité à plus d’un titre,
donc : allusions à des critiques, intégration
décorative à l’intrigue, mais aussi valeur
symbolique de la réflexion : de façon transparente,
la séquence de la vente des Cahiers renvoie bien à
une polémique critique qu’ils ont ont véhiculée
: la polémique Hitchcocko-Hawksienne. La scène
est entourée par une affiche d’Aldrich et une photo
de Bogey (2 anciens, donc). Les jeunes turcs défendent
une arrière garde (Hawks) américaine ou des seconds
couteaux que nul ne songerait à défendre.
Aspect métalinguistique (autocommentaire du film) des
allusions qui désignent Poiccard.. Moment essentiel en
ce sens : le regard caméra de JPB (« Si
vous n’aimez pas la mer… »). Plaidoyer
évident pour le refus du studio et le tournage en extérieurs.
De fait, ABDS est tout de suite considéré comme
un film étendard, plus populaire qu’Hiroshima
et plus radical que Les 400 Coups et Les Cousins,
déjà sortis.
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Un peu d’histoire
Le terme « Nouvelle Vague » a été
forgé dans L’Express le 3 octobre
1957 par la plume de Françoise Giroud qui commente
un Rapport sur la jeunesse. Reprise des résultats
de cette enquête en un volume La Nouvelle vague,
portrait de la jeunesse (1958). Pas question de cinéma,
mais des désirs de changement dans la société
(soutenir Pierre Mendès France). L’appellation
« NV » est d’ailleurs très
convenue.
En février 58, Pierre Billard récupère
l’expression dans Cinéma 58. Elle
va devenir définitive à Cannes 59, dont
l’événement est Les 400 Coups
de Truffaut. On sait par ailleurs qu’à Cannes
Truffaut rencontre le producteur Georges de Beauregard….
qu’il fera à son tour rencontrer à
JLG (7 films suivront).
Désignation des cinéastes qui, pour la plupart
d’abord critiques aux revues Les Cahiers du cinéma
et Arts, réalisent alors, après quelques
courts (sauf Chabrol) leur premier long métrage.
Cette NV s’enracine dans les textes polémiques
et critiques des jeunes artistes (principalement ceux
de Truffaut), dans la systématique démolition
d’une tradition cinématographique nommée
« la qualité française », l’amour
d’un cinéma américain de genre, la
défense des auteurs de film et souvent l’insistance
sur les liens avec le cinéma US et ses films sans
grade.
JLG théorise très vite la relation critique
/ création artistique.
"Nous nous considérions
tous, aux Cahiers, comme de futurs metteurs en scène.
Fréquenter les ciné-clubs et la cinémathèque,
c’était déjà penser cinéma
et penser au cinéma. Ecrire, c’était
déjà faire du cinéma, car,
entre écrire et tourner, il y a une différence
quantitative, non qualitative. Le seul critique
qui l’ait été complètement,
c’est André Bazin. Les autres, Sadoul,
Balzasz ou Pasinetti, sont des historiens ou des
sociologues, pas des critiques.
En tant que critique, je me considérais déjà
comme cinéaste. Aujourd’hui je me considère
toujours comme critique, et, en un sens, je le suis
plus encore qu’avant. Au lieu de faire une
critique, je fais un film, quitte à y introduire
la dimension critique. Je me considère comme
un essayiste, je fais des essais en forme de romans
ou des romans en forme d’essais : simplement
je les filme au lieu de les écrire."
Entretien avec Jean-Luc Godard, Cahiers du cinéma,
n° 138, spécial Nouvelle Vague, décembre
1962.
"Hé bien, non ! Le cinéma
n’est pas un métier. C’est un
art. Ce n’est pas une équipe. On est
toujours seul ; sur le plateau comme devant
la page blanche."
« Bergmanorama », Cahiers
du cinéma, n° 85, juillet 1958. |
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On peut se demander dans quelle mesure
ABDS ne se propose pas d’être la mise en
œuvre des textes théoriques fondamentaux
de la NV.
- Astruc et sa caméra stylo (L’Ecran français
n° 144, 30 mars 1948)
- Rohmer et son art de l’espace (Revue du cinéma
n° 14, juin 1948)
- Truffaut et sa tendance (Cahiers du cinéma
n° 31, janvier 1954)
- Godard et son montage (Cahiers du cinéma n°
65, décembre 1956)
- Astruc et sa politique des auteurs (Cahiers du cinéma
n° 39, octobre 1954)
- Rivette et l’évidence de Hawks (Cahiers
du cinéma n° 23, mai 1953)
S’y ajoutent (comme on l’a vu à travers
les extraits critiques sur films) la lumière
naturelle, le refus des commodités du studio
pour favoriser les décors réels, même
une chambre exiguë (cf. Charlotte). Il y
a d’ailleurs deux versants aux films NV, un côté
film de chambre et un côté reportage en
décors naturels. Coutard, chef op de reportages.
Caméra légère (Cameflex), dissimulée
dans une bicyclette de facteur pour les plans des Champs
(à l’insu des passants). Pas de différence
fondamentale entre docu et fiction : « Le
cinéma, c’est le cinéma. Il y a
un mot de Lubitsch que je trouve admirable. Une fois
un jeune type est venu le voir en lui demandant par
quoi il fallait commencer pour faire des comédies
aussi parfaites que Sérénade à
trois. Vous savez ce que Lubitsch lui a répondu ?
Filmez des montagnes, mon cher ami, quand vous aurez
appris à filmer la nature, vous saurez filmer
les hommes ». Voilà qui éclaire
(encore) la fameuse sortie de Belmondo en regard caméra.
Mais,
surtout, Regard possible, prallèle et fructueux
sur les grandes critiques (sur films) de JLG et sur
ABDS. On serait presque, en fait, tenté de conclure
que le premier long métrage de JLG ne repose
pas tant sur un scénario original que sur un
principe d’adaptation littéraire de textes
critiques. Le problème peut-être déplacé,
ce ne seraient peut-être pas tant les allusions
aux films que l’activité critique, qui
seraient mises en scène. JLG dira plus tard (1965) :
« Quand mon premier article a paru dans Arts,
ce fut aussi important pour moi que quand j’ai
réalisé A bout de souffle. » |
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Exercice possible : faire lire
ces critiques aux élèves avant la projection.
Sur Robert Bresson :
- maladresse supérieure, fi de la virtuosité En
59 sort Pickpocket, indépassable pour JLG. Refus du naturalisme,
détail des mains…
Sur Quarante tueurs de
Samuel Fuller :
- éloge de la brutalité (même dans le raccord).
Fuller : plan subjectif à travers l’affiche
roulée ; 35’24’’ (40 Guns –
40 Tueurs, 1957). Fuller tournera dans Pierrot le fou. Il sera
cité dans le générique de Made in U.S.A.
Raccord avec les bouches qui s’embrassent. (Le plan du
rouleau est aussi présent dans Les Grandes Manœuvres
de René Clair en 1955).
Sur Montparnasse 19 de Jacques Becker :
- dans un an, JLG va se jeter dans le vide sans peur de l’archi-faux.
Sur Monika d’Ingmar Bergman :
- regard caméra, fin de la willing suspension of disbelief
(Coleridge), souci de l’instant. Dimension très
littéraire de cette interpellation du spectateur.
Sur Moi, un noir de Jean Rouch et le // avec
Fallen Angel Preminger :
- réversibilité de la réalité et
de l’imaginaire, du docu et de la fiction, voix off, non
respect des règles établies, prendre la cause
du direct. JLG rêve les films à sa convenance plus
qu’il les décrit. Quant à Fallen Angel,
il établit un modèle (couple infernal, femme fatale,
rayures) très inspirant.
Sur Hiroshima mon amour d’Alain Resnais :
- explication de l’obsession de Poiccard ? De son
obsession de la mort ? Affiche du film de Resnais sorti
en 1958 dans ABDS.
Sur Les Cousins de Claude Chabrol :
- filmer des gens comme on en croise au quotidien, amoralité.
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