P15
(9'') |
-
Altra !
- Altra ? oh merde alors
! Hulot, le numéro
de téléphone
! |
P16
(13'') |
le numéro euh, de
téléphone
euh...
- what you're doing ?
- mais c'est très
sérieux, je dois
téléphoner
tout de suite !
-listen ! (Tony imite le
canard)
- I have responsabilities,
can you understand ?
|
P17
(30'') |
disparition
de Maria (aboiements
de chiens)
- ah ! Python, Python...
|
P18
(8'') |
Les plans
17 à 19 forment un
ensemble de 1'27'' qui se
divise en deux parties,
avant et après l'intervention
de Hulot.
La séquence va évoluer
(comme souvent chez Tati)
vers un sketch qui cette
fois-ci met le personnage
de Hulot en valeur et dans
son comique, et dans son
rapport à autrui
: il a du mal à se
faire voir mais il y parvient,
à grand renfort de
gestes marqués, de
violence… La scène
est l’une des plus
purement burlesque du cinéma
de Tati. |
P19
(49'') |
Hulot,
chevaleresque, ayant entendu
les pleurs, court aider
Maria
|
P20
(17'') |
Regard
médusé de
Marcel, qui, malgré
son bonnet multicolore n'a
pas misé sur la bonne
couleur, le bon veston...
- on aura tout vu ! Oh puis
moi j'm'en fous hein ! |
P21
(23'') |
-
Python !
-Python ? Là ! |
P22
(21'') |
Bien
qu'il ait marqué
des points, Hulot ne peut
pas, comme Marcel la veille,
pénétrer chez
Maria.
- Python ! My little doggy,
my sweet !
- Happy ?
- Oh yes ! Thank you, you're
so wonderful (dit-elle en
carressant la veste) Oh
merci beaucoup, vous êtes
si gentil ! |
P23
(13'') |
Allégresse
de Hulot, encore davantage
dans la lune
-
Venez voir, venez voir,
les astronautes ! Astronautes,
allez !
- Les les les les les quoi
? |
P24
(8'') |
-
never mind... Hulot, come
on sit down here ! Look,
cosmonautes...
- Pas croyable ! |
P25
(7'') |
Motif
de la télé,
avec l'émission de
l'épopée lunaire,
qui connaît de nombreux
échos dans le film |
|
P26
(6'') |
Fin de
séquence, fondu au
noir
Une journée s'est
écoulée, les
rapports Hulot / Maria ont
changé, les vêtements
de Maria aussi. |
| |
Aller
à la page 1 |
Toute la séquence se fonde,
comme une grande majorité
du film, en tout cas de ses gags,
sur le mimétisme : mimétisme
des êtres et des objets
(le chien / la veste), mimétisme
des sons (Tony imitant trop parfaitement
la corne de brume et le canard).
Cette séquence permet un
instant reposant : les poses précédentes,
dans le garage, à la douane,
n'avaient pas cette saveur. A
la douane, les personnages étaient
enfermés dans leur rôle
(la public relation, le mécano,
la mariée...) ; la soirée
avait été tendue,
s'était soldée sur
un échec, un retard difficilement
accepté par les personnages.
Dans le premier garage, il manquait
quelqu'un : Maria.
Ici, le groupe est au complet,
trouve en Tony un animateur
hors-pair (I fix everything
!). Les personnages tombent
leur costume (Maria), enfilent
de nouvelles vestes (Hulot),
et des rapports autres se créent.
Hulot, à force de gesticuler,
a su dire les mots. Dans la
séquence suivante, ce
sera lui qui, au petit matin,
réveillera les autres
en prenant la parole, même
avant Maria, la grillant sur
son propre terrain. Aussi peut-on
dire que cette séquence
montre les rapports difficiles
qu'Hulot entretient avec la
parole : souvent insignifiante,
elle se satisfait de peu. Le
sens peut être contenu
dans un mot très court
(Python ? là-bas ! ;
Happy ?), un geste, plutôt
que dans une logorhée
toujours incompréhensible,
inutile (comme pour Maria, Tony...).
Cette séquence est donc
un bel exemple pour illustrer
le rapport des personnages au
son, et leur rapport à
la parole : dans les films de
Tati, les personnages n'ont pas
grand' chose à dire. C'est
cela que traduit la bouillie sonore
qui émane des groupes,
des personnages même. Ils
agissent, signifient souvent par
gestes, existent dans leurs mouvements,
leur identité même,
leur type. Des personnages comme
Maria parlent, beaucoup, dans
de nombreuses langues. Tony émet
des sons, des mots, mais se répète,
au lieu de se taire, et de dire
ainsi le nécessaire.
Hulot, lui est un personnage qui
sait se taire. Il dit peu, il
a un rapport au signifiant verbal
difficile (comme le cinéma
burlesque dans son ensemble, dont
le déclin correspond à
l'avènement du cinéma
sonore) : c'est pourquoi dans
cette séquence, il subit
une transformation aussi radicale
que discrète (à
l'image de son personnage).
Cet effort révèle
aussi un autre trait de caractère
du personnage : son extrème
timidité face à
la femme. Les rapports de Hulot
aux femmes posent problème
: que ce soit avec Martine dans
LES VACANCES... (1953), dans lequel
il intéresse la jeune femme,
avec la jeune touriste de PLAYTIME
(1967) ou dans MON ONCLE (1958).
Dans ce film, Hulot ne s'intéresse
pas du tout à la femme
que lui destine sa soeur ; la
femme, sophistiquée au
possible, ne cadre aucunement
avec le personnage de Hulot, son
univers... En revanche, celle
qu'il intéresse, non pas
en tant qu'homme mais en tant
que complice, qu'amuseur... est
la jeune fille, voisine de pallier
de Hulot, avec qui quoi que ce
soit est inenvisageable ; néanmoins,
c'est d'elle qu'Hulot est le plus
proche, elle qui rit, qui sourit
à Hulot.
Les
Vacances de M.Hulot (53)
 |
Mon
Oncle (58)  |
Playtime
(67) |
Dans
TRAFIC, la relation manquée
jusqu'alors semble pouvoir aboutir
: Maria a évolué,
Hulot l'amuse. Mais ce qu'Hulot
a manqué dans LES VACANCES...
(Tati a alors 44 ans, déjà
en décalage par rapport
à la jeune Martine), ce
à côté de
quoi il passe de justesse dans
PLAYTIME, semble bien improbable
dans TRAFIC, tant la différence
d'âge se lit sur les visages,
les silhouettes, des deux acteurs.
Jerome.PEYREL / jpeyrel@auvergne.iufm.fr |