Extraits presse

Jacques Tati a dit…

J’essaie toujours d’apporter un petit sourire dans ce cinéma qui se veut très sérieux.

Il est très repectueux, Hulot. C’est pour ça qu’il fout le bordel… Je suis pas révolutionnaire : je vois les choses autrement. Pas comme les hommes politiques, c’est sûr…
Quand je vois les enfants, je trouve que les adultes sont des salauds… c’est peut-être aussi pour ça que Hulot, qui était déjà pas mal dans la lune, il a de plus en plus envie de s’effacer, de disparaître…

(Extraits de La Voix de Jacques Tati, J.A. Fieschi, limelight, 1996)

La couleur n’est pas décorative, pour moi, elle est un élément primordial du récit. Si la couleur est plus difficile à dominer que le noir et blanc, c’est uniquement en raison de son côté essentiellement distractif.
(cahiers du cinéma, mars 1968)

… mon comique n’est pas à base de gags préfabriqués, il est le résultat d’un long entraînement à déceler ce que les situations quotidiennes peuvent receler de burlesque.
(valeurs actuelles, février 1977, cité dans Image et son n°331b, 1978)

A propos de Tati

Le volume des formes féminines, érotiquement évoqué, n’apparaîtra qu’avec Trafic (…). Trafic exprime une réconciliation avec la vie, le monde ; les corps, la chair ne sont plus des silhouettes, la troisième dimension leur est donnée.
Michel Chion, Jacques Tati, 1987

S’il fallait chercher un thème de lecture à Trafic, ce serait certainement dans le mimétisme qu’on pourrait le chercher. La scène de démonstration dans le poste de douanes ou (plus évidemment), le gag des ouvriers cosmonautes, jouent, directement, sur ce registre. A partir de là, le gag ne permet plus de rire libérateur, il ancre davantage le spectateur dans cette simple représentation de lui-même que la fiction contient. Paradoxalement, ce jeu du « reconnaître » permet une efficacité étonnant, quoiqu’absolument annulée, sur le propos satirique. Qu’il le veuille ou non, Tati ne fait pas le procès de notre civilisation, mais il l’encense.
La saison cinématographique, 1971

Tati ne condamne pas le monde moderne (bâclage et gâchis) en prouvant que l'ancien (économie et chaleur humaine) est mieux. Sauf dans MON ONCLE, aucun éloge de l'ancien chez lui : on peut même dire, sans trop de paradoxe, qu'il ne s'intéresse qu'à une chose : comment le monde se modernise. Et s'il y a une logique dans ses films, des chemins de campagne de Jour de fête aux autoroutes de TRAFIC, c'est celle qui continue à mener les hommes irréversiblement des campagnes vers les villes. Il montre plutôt, d'accord en cela avec des descriptions récentes (schizo-analytiques) du capitalisme, que ce devenir-média du corps humain, ça marche très bien dans la mesure où ça ne fonctionne pas. Pas de catastrophes burlesques chez Tati (comme on peut encore en voir chez les Américains : THE PARTY de Blake Edwards) mais plutôt une fatalité de réussite qui évoque Keaton. Tout ce qui est entrepris, prévu, programmé, marche et, si comique il y a, c'est justement dans le fait que ça marche.
À une dialectique du haut et du bas, de ce qui s'érige et de ce qui s'écroule (…), Tati substituerait un autre comique où c'est le fait de se tenir debout qui est drôle et le fait de vaciller (la démarche de Hulot) qui est humain.

Serge Daney, Éloge de Tati, in La Rampe, Gallimard 1996