SHINING (1980) de Stanley Kubrick
Dossier
réalisé par Guy Astic.
Pour une autre approche du gothique
« À cause de l’aspect surnaturel de l’histoire, nous ne voulions pas avoir un décor expressionniste : vous savez, l’idée que se fait traditionnellement un décorateur d’un hôtel plein de fantômes. Nous voulions qu’il ait l’air d’un véritable hôtel. Même chose pour l’éclairage et tout le reste. J’ai toujours pensé que nous devions nous inspirer du style de Kafka dans ses livres.. »
In Michel Ciment, Kubrick, Paris, Calmann-Lévy, 1999, p. 186
Spectres photographiques…

« Nous restons ébahis par l’apparition des jumelles se tenant la main dans le couloir, espace encore vide quelques instants auparavant. Nous savons que l’hôtel est désert, fermé. Il ne peut donc s’agir que d’une apparition. Mais ces mots sont inadéquats face à la preuve photographique, face à une image qui ne porte aucune marque subjective, aucun indice d’hallucination […] et qui rappelle au contraire les deux siamoises de Diane Arbus, c’est-à-dire deux enfants véritables ».
Sandro Bernardi, Le Regard esthétique ou la visibilité selon Kubrick,
Presses universitaires de Vincennes, coll. « Esthétique hors cadre », 1987, p. 37
Devenir fantôme ou révélation spectrale ?

L’Unheimlich
« Solitude du cadre, solitude de la victime, c’est tout comme. La conscience se spatialise, et l’espace fantastique s’anime d’intentions malveillantes, se met en mouvement, se referme sur sa victime. […] Le fantastique est fait de cette indivision du dedans et du dehors. Le héros-victime finit par transporter son espace maléfique avec lui. Fuit-il ? Le maléfice le rattrape et trace autour de lui le cercle de son épouvante. […] L’espace fantastique n’est plus un lieu situé sur la planète ; c’est l’expression de la solitude où la folie et l’horreur enferment leurs victimes. »
Louis Vax, La Séduction de l’étrange. Étude sur la littérature fantastique (1965), Quadrige, PUF, 1987, p. 209.
L’image et l’écoute panique(nt) : triomphe de la sauvagerie

Régression
« La peur et l’horreur sont des émotions aveuglantes qui démantibulent nos échasses d’adulte et nous laissent dans le noir absolu, aussi désemparés que des enfants incapables de trouver l’interrupteur. »
Stephen King, Anatomie de l’horreur (Danse macabre, 1981), Éditions du Rocher, 1995
La face de terreur
« Gorgô est l’altérité radicale du monde des morts qu’aucun vivant ne peut approcher […] ; affronter la face de terreur [revient] à s’être, sous son regard, transformé soi-même […] en ce que sont les morts : des têtes vides, désertées de leur force. »Jean-Pierre Vernant, « La figure des Dieux, Gorgô » in Figures, idoles, masques, Paris, Fayard, 1991, p. 94
« Le fantastique n’est pas dans l’objet, il est toujours dans l’œil. »
Ernest Hello, « Le genre fantastique », Revue de Paris, novembre 1958-janvier 1859
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