ACCUEIL
TOUT SUR MA MÈRE
BIO-FILMO D'ALMODOVAR
par Bruno Taque / IUFM d'Auvergne
L'APPROCHE D'ALMODOVAR
par J.P. Tessé / Cahiers du Cinéma
LE SPLEEN DE BARCELONE
recueil de poèmes en prose
RESSOURCES
PEDRO ALMODOVAR - Biographie et filmographie
par Bruno Taque IUFM d'Auvergne

Télécharger cet article (pdf)

- Naissance le 25 septembre 1949 dans la Mancha (mais depuis les années 90, on trouve aussi 1951 et même 1952 comme années de naissance). Il grandit dans une famille de 4 enfants (2 soeurs aînées et un frère cadet, Agustin). Son père est muletier spécialisé dans le transport du vin.

- Pedro a 8 ans quand sa famille part vivre dans la région d’Estamadure. Là, sa mère ouvre un commerce de lecture et d’écriture de lettres (Pedro aide souvent sa mère) : elle enjolive très souvent les lettres qu’elle lit à leurs destipour être plus vivable et plus agréable.

- Agé de 10 ans, il part seul pour Cacérès dans une école catholique, où il devient vite soliste du chœur d’enfants. Il assistera aussi à des agressions sexuelles et perdra définitivement la foi.

- Vers 1960, il découvre le cinéma, notamment grâce à la revue "Fotogramas" et il entame une collection de photos d’actrices.

- 1967 : Départ pour Madrid où l’une de ses sœurs aînées est déjà installée.

- 1969 : Service militaire dans l’armée de l’air. Concours d’entrée de la compagnie Telephonica pour laquelle il travaillera pendant 12 ans.

- 1972 : Son jeune frère Agustin le rejoint à Madrid, pour ses études d’ingénieur.

- 1974 : Réalisation de ses premiers films en Super 8. Ces films sont devenus "invisibles" ; ne subsistent plus que les titres et les scénarios ("2 putes et une histoire d’amour qui se termine en mariage") : ces films n’ont pas de son synchrone ; des commentaires et des bruitages ont été rajoutés. Réalisation également de bandes annonces de longs métrages imaginaires et de parodies de publicité.
Rencontre avec une troupe de théâtre "Los Goliardos" dans laquelle joue Carmen Maura. Pedro se produit aussi sur scène dans un duo travesti avec Fabio Mac Namara : il est au cœur du bouillonnement qui saisit Madrid à ce moment-là.

- 1975 : Mort de Franco. Ainsi débute la Movida (la nouba en français), une véritable séance de rattrapage sur toutes les privations imposées par le franquisme : absence de répression sexuelle, apparition d’une scène gay, d’un cinéma à tendance pornographique et forte consommation de drogues dures.

- 1978 : 1er long métrage "Baise …Baise … Baise-moi Tim !" avec une bande sonore, cette fois, mais sans acteur professionnel. Réalisation d’un court-métrage "Salomé", mêlant deux récits bibliques, avec pour la 1ère fois des acteurs professionnels. Ecriture d’un scénario de roman photo qui deviendra celui de son 1er long métrage "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier"

- 1979 : Tournage de " Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier" présenté en 1980 au festival de San Sebastien et acclamé par la critique. Pedro écrit déjà un nouveau scénario et engage, pour ce nouveau projet, Fabio Mac Namara, Cecilia Roth, Imanol Arias et le tout jeune Antonio Banderas (20 ans). Ce sera "Le labyrinthe des passions" : ce film est comme la bande annonce de l’œuvre à venir. Gros succès public en 1982 mais accueil critique tiède.

- 1982 : Sortie du " Labyrinthe des passions". Nombreux concerts avec Fabio Mac Namara. Réalisation d’un roman photo porno ("Toute à toi") et écriture d’un roman ("Le feu aux entrailles") illustré par un graphiste.

- 1983 : Ecriture et tournage de "Dans les ténèbres", financé par le richissime mari de l’actrice prin,cipale Yolanda Bell. Formellement, le film est achevé mais l’actrice est très décevante. Il décide donc de déplacer l’intrigue vers les rôles secondaires des sœurs du couvent. C’est un huis- clos exclusivement féminin, imbibé de religion. Gros succès public en Espagne et sélection dans une section parallèle au festival de Venise.

- 1984 : Sortie de "Qu’est-ce-que j’ai fait pour mériter ça ?" avec Carmen Maura. Film évoquant les différents types de maternité, tourné dans un petit appartement (donc beaucoup de plans fixes). Ce sera son premier film à sortir aux USA.

- 1986 : Sortie de "Matador" : un portrait de l’Espagne fondé sur des oppositions entre sexes , entre générations, entre traditions historiques. Film assez froid mais avec un Banderas bouleversant. Film à gros budget (la moitié du budget vient des caisses de l’était grâce au système d’aide mais en place par le gouvernement socialiste). Le producteur du film fait le minimum pour promouvoir le film à sa sortie donc les frères Almodovar décident de créer leur propre société "El deseo".

- 1987 : Sortie de "La loi du désir" : un nouveau départ mais aussi la somme de toutes les expériences passées.
Basé sur un scénario typique d’un 1er film (relativement autobiographique). Grande maîtrise du récit et de la polyphonie des personnages.
Le film sera présenté au festival de Berlin.

- 1988 : Sortie de "Femmes au bord de la crise de nerfs" tourné en studio sur le look des comédies américaines des années 50 (d’importants moyens financiers pour ce film notamment pour recréer en studio le décor de cet appartement avec terrasse donnant sur un Madrid de cinéma). Véritable luxuriance formelle et grande attention portée aux décors et aux costumes. Avec ce film, il réalise son meilleur score en Espagne (3 millions d’entrées) et obtient 5 Goyas, l’équivalent de nos Césars.
Ce film aura une carrière internationale prodigieuse (600 000 entrées en France) . Nomination à l’Oscar du meilleur film étranger (c’est "Pellé le conquérant" qui l’aura) : pendant la cérémonie, Pedro "répudie" Carmen Maura : ils ne tourneront plus ensemble jusqu’à "Volver".
Son héritière sera pour un temps Victoria Abril.

- 1989 : Tournage de "Attache-moi" avec V.Abril et A.Banderas : film sur l’amour sous la contrainte.

- 1991 : Publication d’un roman "Patty Diphusa, la vénus des lavabos", sorte d’autoportrait à l’époque de la Movida.

Tournage de "Talons aiguilles", 1ère association entre El Deseo et la compagnie de Francis Bouygues, Ciby 2000. Dans ce film, il revendique l’influence des mélos de Douglas Sirk.

- 1993 : Tournage de "Kika" : le moins aimable de ses films.
La presse est carrément hostile au film. Il publie une note d’intention dans El Pais où il reconnaît le côté manichéen du film ; c’est un film peu émouvant et souvent déplaisant.
Les résultats commerciaux seront médiocres et assez décevants sauf en France.

- 1995 : Son nouveau scénario raconte l’histoire d’un créateur prisonnier de l’univers qu’il a fait naître et qu’il déteste désormais.
Il s’agira de "La fleur de mon secret" avec Marisa Paredes. Film sur l’apaisement, la réconciliation avec soi-même dans lequel le personnage principal retourne vers sa famille au village. Réconciliation aussi avec le public et la critique en Espagne. Il s’agit de la 1ère collaboration avec le directeur de la photo brésilien, Affonso Beato et avec le compositeur Alberto Iglesias. C’est le film d’un artiste totalement maître de sa vision (sans recours à la provocation, ni à l’excès).

- 1997 : Adaptation, pour la 1ère fois, d’un roman de Ruth Rendell (souvent adaptée par C.Chabrol en France) , "L’homme à la tortue" en collaboration avec un jeune romancier, sous le titre de "En chair et en os". Il ne fera appel à aucun de ses acteurs habituels et les deux premières scènes du film sont de véritables défis pour lui : une scène de reconstitution du Madrid de 1969 lors de l’état d’urgence et une scène d’action. Dans ce film, il redéfinit les rapports entre personnages : dans un film policier classique, le crime détermine des relations que sous-tendent les désirs ou les sentiments. Ici, certaines caractéristiques du genre sont conservées (énigme à résoudre, responsabilité à déterminer) mais le cinéaste s’intéresse avant tout aux désirs des 5 personnages principaux. Ici, la culpabilité est un fardeau intérieur et le suspens repose sur la capacité ou non des personnages à s’en affranchir. Ce film est très à part dans sa filmographie : c’est une excursion aux frontières de son monde et même au delà. A noter également une référence explicite à Bunuel et à son héritage.

- 1998 : Mise en chantier de "Tout sur ma mère" à Barcelone. Pour la 1ère fois, il écrit un personnage de mère moderne, éduquée, élevant seule son fils. Il reprendra le motif du don d’organes déjà vu dans "La fleur de mon secret". Ce film qui ne prend aucune distance avec la douleur est irrigué par deux références : "Eve" de Joseph Mankiewicz (1950) et la pièce de Tennessee Williams "Un tramway nommé désir". Le film sera produit, après la fermeture de Ciby 2000, par Claude Berri et Renn Productions ; il sera sélectionné et acclamé à Cannes mais ne remportera que le prix de la mise en scène (c’est l’année où le jury présidé par David Cronenberg récompense les Dardenne avec "Rosetta"). Le film rencontre un énorme succès public et reçoit même l’oscar du meilleur film étranger en mars 2000. Un projet à Hollywood est même annoncé dan la foulée.

- 2000 : Abandon du projet américain. Mais retour en Espagne pour 2 projets : l’histoire d’un travesti ancien pensionnaire d’un collège religieux (mais difficulté pour trouver l’acteur principal) et "Parle avec elle" dont les thèmes sont le deuil, la perte, la création, les sacrifices et les naissances qui réparent les blessures.

- 2002 : Sortie de "Parle avec elle". Chronologie non linéaire avec au milieu un court-métrage muet ("L’amant qui rétrécissait"). Un film dont l’audace se cache sous une grande douceur. Gros succès public et Oscar du meilleur scénario.

- 2004 : "La mauvaise éducation" avec Gael Garcia Bernal (les 2 hommes entretiendront des rapports exécrables !!) C’est un film exclusivement masculin. La nouvelle qu’apporte le personnage joué par G.G.Bernal au personnage du réalisateur est en fait le premier état du scénario qu’avait écrit Almodovar sur le retour d’un travesti dans le collège où il fut violé par un prêtre. Ici, le désir ne conduit qu’au malheur ou à la mort. Le film comporte de nombreuses références cinématographiques : ce ne sont plus des clins d’œil mais des éléments de la réalité dans laquelle vivent les personnages. Le film sera présenté en ouverture du festival de Cannes hors-compétition.

- 2006 : Retour au village et aux actrices avec "Volver" (revenir en espagnol). L’histoire raconte comment des femmes apprennent à vivre ensemble sans se soucier des frontières entre la vie et la mort, la ville et la campagne, à la seule condition de s’être débarrassées des hommes. Le sujet central est la mort et l’absence de sa propre mère. Il décrira ce tournage comme "un second deuil mais indolore". Le film sera couvert de récompenses (5 Goyas, 2 prix à Cannes et une nomination aux Oscars). Il dit : "Volver est l’aboutissement des films que j’ai faits sur l’univers féminin et sur un type de famille qui s’est déplacé de l’univers rural à la capitale en quête de fortune". C’est donc la fin d’un cycle.

Quelle suite maintenant ? Il évoque volontiers son envie de faire un film d’époque influencé par la littérature espagnole du XIXème siècle ou bien se déroulant à l’époque de la guerre civile et du franquisme. Il a aussi un projet sur la vengeance avec Penelope Cruz, sa nouvelle actrice fétiche.